Un manque de chair (La piel que habito)

Il l'a dit et répété : Pedro Almodovar entend désormais se consacrer à un genre unique, le thriller. De quoi, terminé les mélos baroques et les comédies exubérantes ? Mince, alors, Pedro, par pitié, reviens à ce que tu sais le mieux faire. Parce que La piel que habito, loin d'être honteux, est, derrière une intrigue perverse et tordue, bien sage finalement et surtout, oh oui, surtout, totalement glacé et dénué de toute émotion. Charnel, mais sans chair, corporel, mais désincarné. Flotte au-dessus du film l'ombre des Yeux sans visage. Le film de Franju était d'une concision incroyable, mais elle y était, l'âme (et la poésie), dont est peu ou prou dépourvue La piel. Et pourtant l'histoire de Franju ressemble à la Comtesse de Ségur, quant on la compare aux monstruosités du film d'Almodovar. Ce dernier a demandé à Banderas de la jouer sobre façon iceberg, rien à dire, il est parfait. Et Elena Anaya est effectivement remarquable, ce qui n'étonnera pas ceux qui ont vu Hierro et Room in Rome (Julio Medem) encore inédits dans les salles françaises, ce qui est scandaleux. Grand directeur d'acteurs, Almodovar est aussi virtuose dans sa mise en scène. C'est vrai que par rapport à ses premiers longs-métrages, filmés à la manière d'un bûcheron, c'est le jour et la nuit. Oui, mais voilà, d'Almodovar on attend l'excellence et la démesure. Qu'on ne trouve pas dans La piel que habito, où le cinéaste semble vraiment se prendre très au sérieux, à moins évidemment qu'il ne s'agisse d'un pastiche, mais rien n'est moins sûr. Et le dénouement, totalement plat, laisse carrément abasourdi. Almodovar serait-il devenu un metteur en scène respectable ? Bon, si c'était pour être palmé à Cannes, c'est piel perdue, la prochaine fois, il lui faudra évoquer la création ou la fin du monde, c'est plus tendance (OK, si on ne peut plus plaisanter ...).

 



18-08-2011 | 113 vues

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Commentaires


doina
le 20-08-2011 à 16:30:19
Le film est un mélange de thriller horrifique et de mélo qui laisse finalement quelque peu perplexe. On est parfois (surtout dans la première partie) à la limite du pastiche (des films de savants fous type Frankenstein -version Hammer).,voire de l'auto-pastiche (la scène de viol rappelle un peu trop Kika) . Un bon point : s'il y a références et citations, elles sont un peu moins voyantes que dans Etreintes brisées .et la mise en scène est toujours aussi brillante, et l'interprétation parfaite.
Guillome
site/blog
le 24-08-2011 à 09:37:51
Même si j'aime le côté exubérant d'Almodovar, le côté "thriller" lui va plutôt bien je trouve. Je rejoins ton avis pour ce qui est de la mise en scène. Mais pour ce qui est de la fin, même si elle peut paraître attendue, elle fut pour moi très touchante.
doina
le 24-08-2011 à 13:39:05
La toute dernière scène est en effet très touchante, c'est un des très beaux moments d'un film qui m'a laissée un peu perplexe;
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